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Le monde du manga est une place forte largement dominée par nos bons vieux nippons, c’est une évidence. La culture otaku y est élevée au rang d’art, et leur marché saturé de mangaka en mal de faire leur preuves, et ce dans tous les domaines (shonen, seinen, shojo…) Et bien que des artistes de multiples horizons, tant coréens, américains qu’européens tentent de percer en la matière, difficile de bousculer les évidences, voire impossible. Mais comme dit le vieil adage, « Impossible n’est pas français », et c’est ce que tente de transmettre Reno Lemaire, dessinateur montpelliérain, au travers de son manfra Dreamland des plus hauts en couleurs! 

Dreamland, c’est avant tous l’histoire d’un shonen à l’identité plus que marquée. Pas question ici de suivre un ninja au chakra colossal ou un pirate au corps élastique, là c’est un petit « moumou » lambda que nous allons suivre, une personne (presque?) comme tout le monde du nom de Terrence. Lycéen médiocre de Montpellier, ce jeune homme aux petits bras et à l’allure désinvolte a subi un drame dans son enfance en perdant sa mère dans une incendie…Et depuis ce jour fatidique où sa vie se brisa, il passe de  nombreuses nuits à cauchemarder sur le visage de sa mère perdu dans un océan de flammes. Mais voilà, une nuit, il prit son courage à deux mains et s’opposa à ses flammes lui consumant la vie! Et c’est en luttant contre cette peur et en remportant le combat qu’il a pu ouvrir le monde de Dreamland, le monde des réves!

En vainquant sa phobie, le rêveur gagne le pouvoir qui la symbolisait et devient conscient du monde qui l’entoure: c’est maintenant un voyageur! Et il cotoiera des personnages venus des  quatre coins du globe, dont les pouvoirs seront autant d’occasions d’assister à dde  beaux combats que de découvrir des phobies des plus farfelues ( comme l’ ailourophobie, la peur des chats…eh oui, on peut détester Nyan cat…!) Mais ce monde n’est pas de tout repos, et une fois le pouvoir du feu en poche, Terrence devra braver des environnements et des situations tous plus délirants et dangereux les uns que les autres…Mais notre héros à la mêche rebelle ne sera pas seul, et une véritable bande se forgera autour de lui pour l’aider à évoluer dans cet univers et prendre conscience de la puissance cachée derrière de son mystérieux et rare pouvoir du feu.

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Vous vous êtes toujours demandés où votre esprit pouvait se perdre après une bonne cuite ou une occasion de « partie de jambe en l’air » manquée? Reno Lemaire l’a fait pour vous! C’est une véritable ode au délire à l’état pur qu’il nous offre en faisant s’enchaîner des régions correspondant à chacun de nos rêves et cauchemars: Kazinopolis, le Las Vegas des rêves, symbole des désirs de richesses et grandeur;  Delirium City, ville des rêves éthyliques; mais surtout le Royaume Obscur, lieu des cauchemars et de la peur ancestrale du noir. Mais la richesse du scénario ne s’arrête pas là, et Reno Lemaire fait de ces environnements un véritable tremplin vers la gloire où les voyageurs s’opposent pour grimper dans les différentes ligues diffusées par le Dream Mag, véritable hebdomadaire de Dreamland, et devenir le nouveau numéro 1. Mais les voyageurs ne sont pas les seuls, et les créatures des rêves et Seigneurs Cauchemars sont aussi de la partie pour influencer le monde des rêves et ses différents combattants…Un régal d’intrigues en perspective! Même si cet univers peut paraître fouillis et déstabilisant de prime abord, on prend un réel plaisir au bout de quelques planches à en découvrir toujours plus.

Toute cette ambiance est retranscrite par un dessin bien à la française: ici, pas de grand yeux disproportionnées, seulement un trait assez  cartoonesque qui cherche à étrangement laisser parler les sentiments des personnages. Un trait efficace et assez délirant où l’on sent vraiment une orientation nouvelle. On se régalera d’ailleurs des nombreuses références et caméos aux différentes influences qui ont conduit à cette oeuvre, que ça soit au détour d’un Tortue Génial un peu coquin en arrière-plan, d’un Sangoku traînant dans le métro, d’un certain « Lion Messi », voyageur argentin fan de foot…Qui plus est, les privilégiés connaissant cette perle du Sud qu’est Montpellier prendront plaisir à voir  les protagonistes flâner dans les lieux incontournables de la ville comme la Place de la Comédie. Le manfra se transforme en un réel bac à sable dans lequel on prend un plaisir non dissimulé à découvrir et redécouvrir des perles nous ayant nous aussi influencé dans notre vie de geek, et notre quotidien en général.

Concernant les personnages, on peut réellement parler de profondeur en parcourant les pages: les pouvoirs sont aussi nombreux qu’emblématiques, et on se reconnait facilement aux différentes phobies
1089773176_small affichées au fil des chapitres. Le groupe de Terrence (Les Lucky Stars) est vraiment riche de personnalités  autant différentes qu’attachantes, et on s’éloigne vraiment des stéréotypes du nerveux à petit cerveau, du méchant sans once  d’humanité, du manichéisme  en général. Mais il ne faut pas croire qu’un dessin plus « cool » et du délire à la pelle signifie une légèreté quant à la profondeur des personnages: ici, les problèmes soulevés sont complexes et poignants, comme le coma du père de Nity ou le suicide du père de Sealvia et Sacha, qui a tenté d’entraîner ces de
ux fils dans sa chute pour les « préserver » de la séparation imminente d’avec sa femme. On comprend alors l’identité profonde, la valeur de chacun des pouvoirs, et les réelles motivations qui animent les actes de chacun…la vengeance, la reconnaissance, l’espoir seront autant de moteurs qui animeront les tomes de Reno.

En résumé, c’est un véritable OVNI que vient de dessiner dans le ciel du manga notre nouveau fer de lance français. L’oeuvre est délirante, bourrine, riche et nerveuse, mais sous ces airs survoltés se cachent une maturité et une réelle poésie qui guident le lecteur à chaque chapitre comme une mélodie au travers nos rêves les plus fous. C’est du très lourd à chaque tome, et l’on ne peut que souhaiter voir cette oeuvre être diffusée à grande échelle pour faire connaitre et apprécier une culture otaku à la française qui mérite sa place parmi les plus grands!

 

 

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La semaine dernière, je vous ai présenté le test du remake HD d’Ico sur Ps3. Vous avez pu admirer, au travers du test ou de votre propre expérience du jeu, le lyrisme et la magie qui ont su inspirer les développeurs de la Team Ico. Mais les grands artistes ne s’arrêtent jamais dans leur quête du chef d’oeuvre, peaufinant chaque détail, chaque aspect de leur pièce pour en faire une référence intemporelle et unanime. Et grand bien leur en prit: si le Nirvana existe, Shadow of the Colossus en est la clé.

Tout conte digne de ce nom commence par un « Il était une fois »

« Il était une fois Wander (le héros que vous incarnerez) et son fidèle destrier Agro traversant des terres interdites en direction d’un mausolée en ruines.. (Mausolée? Une crypte? Vous ne croyez pas si bien dire!) La silhouette d’une jeune fille inanimée, Mono , était nichée au creux de Wander… La sombre chevauchée s’arrêta au cœur de l’édifice, quand soudaine une voix mystérieuse et éthérée s’éleva du ciel: c’était celle de Dormin , sombre divinité qui selon la légende pourrait ressusciter les morts. Il semblait incapable de soulager Wander de sa peine quand soudain, il vit se dessiner à la ceinture du guerrier la lame de lumière… il accepta alors de ramener des limbes l’âme de Mono à une condition: vaincre les 16 colosses parcourant les terres désolées environnant le mausolée…. »

C’est avec ces brides de scénario et beaucoup d’interrogation que débute votre quête,et le mot est faible. Ici, pas question d’ennemis à occire à la pelle, de myriades d’objets encombrant votre inventaire ou de PNJ à aller questionner pour faire avancer l’histoire: juste vous, et les colosses! Et c’est arme de votre épée et d’un arc de fortune que vous relèverez le défi.

Mais avant de les vaincre, encore faut-il les débusquer, car la map est gigantesque: pas question de tailler la route à pied, la majeure partie du jeu consistera à chevaucher plaines et ravins en compagnie d’Agro. Et même si tout cet espace épuré d’ennemis, de cités, de vie en somme peut sembler bien vide, il est surtout un prétexte pour vous laisser admirer la merveille des paysages: chaque plan, chaque texture est une invitation onirique au voyage. On s’émerveillera tant devant  l’immensité inquiétante d’un désert que devant la hauteur vertigineuse des falaises
surplombant les différents lacs du jeu. Même la caméra a été étudiée pour se placer de coté durant vos chevauchées et vous offrir une vue sans pareil des paysages que vous traversez. Le plaisir est un peu gâché par les contrôles capricieux d’Agro, et l’assistance motrice prévue par les développeurs quand vous le chevauchez peut rapidement vous handicaper plutôt que vous aider. Et pourtant, je paris que vous serez nombreux à relancer le soft quelques mois après l’avoir fini, le temps d’une chevauchée relaxante et envoûtante à travers ces espaces enchanteurs..

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L’épee de lumiière, véritable GPS à double tranchant!

 

N’oublions pas que ces voyages ont un but! Vous aurez la possibilité de brandir votre épée de lumière pour concentrer ses rayons vers la destination à suivre pour débusquer les colosses. Et lorsque vous dénicherez l’antre de votre premier belligérant  le retour à la réalité sera dur et la tâche à accomplir pour le moins herculéenne: car oui, les colosses portent bien leur nom. Ce sont de véritables montagnes en mouvement, et ce ne sont pas quelques coups d’épée malheureux ou des dizaines de volées de flèches décochées au hasard qui feront ployer leur trentaines de mètres de roche, de rage et de tristesse. Vous devrez en premier lieu brandir votre épée pour détecter les différents points faibles du géant pour venir y plonger votre épée  Pour ce faire, la Team Ico réitère l’emploi original de la touche R1 qui cette fois-ci vous permettra de vous accrocher aux corniches, ou ravins mais surtout aux différentes aspérités jonchant le corps des colosses pour atteindre les points faibles. Mais attention! Rester suspendu dans le vide consomme de l’endurance et votre jauge et limitée. Vous devrez donc agir avec sagesse et vous reposer au bon moment lors de vos ascensions pour éviter de chuter de fatigue ou lors des tentatives du colosse de vous déloger. C’est dans ce contexte qu’apparaissent les premiers caprices de la caméra, qui a la faucheuse manie de se placer au mauvais endroit quand vous serez au contact de l’ennemi. Ça peut agacer, mais  Ce premier combat reste somme toute technique, non pas par la difficulté du combat mais plus par la technicité des contrôles et la sagacité dont vous devrez faire preuve pour détecter les faiblesses du géant et trouver le meilleur moyen de les atteindre. La suite des combats vous emmèneront petit à petit à voir votre cheval comme un atout essentiel pour vaincre vos ennemis. Les acrobaties que vous réaliserez en duo sont tant périlleuses qu’impressionnantes, et finiront par devenir nécessaires pour décocher la bonne flèche ou atteindre la prise voulue. . Mais lorsque le petit bout d’homme que vous incarnez parvient finalement à terrasser ce géant au pied d’argile, on se sent réellement pousser des ailes…C’est dantesque, c’est jouissif! Et si vous n’en avez pas encore eu assez, je vous rassure, il vous en reste 15 à abattre :)

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C’est la Terre elle-même qui déchaînera sa fureur contre vous

Après le gameplay, c’est au tour du scénario d’afficher une réelle richesse: jamais un jeu vidéo ne s’est autant rapproché des critères gouvernant l’ensemble des arts jusque là explorés, de la rédaction d’une oeuvre littéraire ou le tournage d’un film à la peinture d’une toile. On récole au fur et à mesure de l’avancée de la quête des brides d’informations venant lever quelque peu le voile sur le dessein des différents protagonistes, mais surtout l’histoire, du début à la fin, offre réellement une infinité d’interprétations, telle un Shutter Island de Nolan, l’Odyssée d’Homère ou encore la Joconde de De Vinci. On forge sa propre version de cette aventure intérieure, de ce rite initiatique vers le courage et la volonté de forger son destin. On s’attache rapidement aux personnages, tant à Agro qu’au charismatique Wander, et on se prend volontiers à se demander jusqu’où l’on irait pour sauver un être cher nous aussi. Les références à Ico sont subtiles mais présentes, et ne manqueront pas de torturer les méninges des fans de la « série ».

Pourtant, toute cette aventure ne serait rien sans une bande son à la hauteur. Encore une fois, la Team Ico laisse encore sa marque en offrant une ambiance similaire à celle d’Ico: les bruitages d’ambiance sont mis à l’honneur, et c’est le bruit du vent dans les plaines, le claquement des sabots d’Agro et le murmure des cascades qui viendront bercer votre progression, offrant une quiétude inquiétante de ces terres abandonnées des dieux. Mais ici, les musiques reprennent du terrain à des moments clés du jeu, comme pour renforcer le côté épique et désespéré de votre mission.C’est Kow Otani qui fut chargé de la réalisation de cette bande son orchestrale dont la qualité et la richesse instrumentale ne laisseront aucun de vous indifférent.

Niveau durée de vie, comptez une dizaine d’heures pour boucler le jeu, mais les randonnées équestres et la recherche d’objets cachés pouvant améliorer votre santé et votre endurance pourront aisément exploser cette estimation. Cerise sur le gâteau, certains modes seront débloqués à la fin de votre première partie: vous aurez la possibilité de recommencer l’aventure en difficile ou de tester votre maîtrise du jeu dans le mode Time Attack avec la possibilité de débloquer des armes et objets en vainquant les colosses sous une limite de temps donnée. Vos heures passées à arpenter ce monde ne sont pas prêtes d’être comptées!

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Les jeux de lumières transforment les décors en une féerie des yeux

En conclusion, Shadow of the colossus s’offre une place de luxe lui aussi dans le panthéon du Jeu Vidéo. Fumito Ueda nous offre encore une envolée poétique, lyrique sur de très nombreux points…Son scénario est riche et titille volontiers l’imaginaire de chaque joueur, en vous entraînant dans un monde vaste et envoûtant  où la solitude et la mélancolie accompagneront chacun de vos pas. Le gameplay est encore affiné pour vous impliquer au cœur de l’action et vous faire partager la douleur du héros dans la quête de rédemption de Mono. Le tout saupoudré de musiques délicieusement travaillées et d’ennemis titanesques!  Un chef-d’oeuvre vidéoludique, à mi-chemin entre la difficulté des douze travaux d’Hercules et la triste solitude de Dante dans « la Divine comédie »…. »Les 16 travaux de Wander » ça donnerait un beau roman quand même!

En résumé….

Points positifs:

Un scénario riche et ouvert à débats
Un gameplay toujours autant immersif
Des combats titanesques servis par des musiques de qualité

Points négatifs:

La maniabilité d’Agro
Des angles de caméra parfois capricieux

 Patobeur